Lise's B.

Le blog de Lise Bouvet

– Mai 2017 : tribune contre Le Pen et contre l’abstention

Tribune que j’ai co-signée avec ma camarade marxiste féministe du PCF Kheira Abdelkader, doctorante en philosophie politique, le 4 mai 2017 dans le Huffington Post : «Au second tour, nous, communistes, voterons pour Emmanuel Macron parce que l’abstention n’a aucun sens. »

BENOIT TESSIER / REUTERS

« Dans une lettre à Mayer et Vogt en date du 9 avril 1870, Marx disait: « L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l’Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens Etats esclavagistes des Etats-Unis. L’irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste et celle-ci en est parfaitement consciente. »

La logique néolibérale a besoin aujourd’hui d’une extrême droite forte pour se poser comme l’alternative à cette dernière. L’extrême droite accomplit le travail de division des travailleur-e-s pour les réduire à l’impuissance, et la droite récolte. Le 23 avril, les 7 millions d’électeur-e-s qui ont voté pour Mélenchon ont déjoué ce scénario: désormais il existe une véritable alternative à gauche. Mais si cette réserve de gauche s’abstient, c’est Le Pen qui arrivera en force le 7 mai, même si elle n’est pas élue. C’est elle qui apparaîtra comme une alternative, et non pas les idées que nous portons. La victoire des 19% et la possibilité de poser les propositions de cet électorat comme l’alternative après le 7 mai ne sont donc pas encore assurées. Notre camp n’est pas encore organisé et unifié; il aura besoin d’un Etat de droit où les syndicats et les partis politiques de gauche ne seront pas interdits. Nous devons nous donner toutes les chances de faire advenir une majorité de gauche, en votant d’abord Macron le 7 mai, puis en le battant en juin aux législatives pour lui imposer un gouvernement de gauche. Si Le Pen l’emporte, nous serons d’emblée mis KO par la défaite et nous verrons toutes les forces de gauche gagnées par la peur. Plus que jamais, dans la visée stratégique qui est de faire gagner notre camp, nous devons refuser le risque de voir passer l’extrême droite ou de la voir arriver en force, cette bande de casseurs des travailleur-e-s, des libertés fondamentales et de l’émancipation sociale, ces héritiers vichystes des ennemis de la République sociale.

Nous communistes, nous voterons Macron parce que l’abstention n’a aucun sens. On ne peut pas dire vouloir lutter contre le FN tout en risquant de le laisser passer. C’est illogique et irrationnel. Au contraire, donnons-nous 2 mois pour gagner les législatives, puis 5 ans pour faire gagner la gauche unie en 2022. Enfin, s’abstenir ou voter blanc afin de garder l’âme pure et les mains propres est profondément immoral comme apolitique. Faut-il vous rappeler camarades, qu’à chaque fois qu’un régime d’extrême-droite fasciste a été élu, il n’est jamais reparti, a fortiori vu les pouvoirs exorbitants de la Présidence sous la Vème République, toujours en état d’urgence. Et que nous savons que le FN a un électorat conséquent dans une partie des forces de l’ordre (police, armée, gendarmerie), que certains agents pourraient être tentés de laisser les milices fascistes ultra violentes « nettoyer les rues », casser du rouge ou du musulman. S’abstenir, c’est jouer avec les vies des plus vulnérables: réfugiés, immigrés, femmes, précaires, personnes racisées, juifs, étrangers, qui deviendront les boucs-émissaires des vagues de haine qui vont se déchaîner contre eux. « Engager la vie des autres dans nos colères et frustrations, c’est non seulement irresponsable, mais ça manque cruellement de maturité politique » dit notre camarade D. Tripet. Nous la rejoignons. Il faut être singulièrement privilégié pour risquer ainsi avec tant de légèreté l’existence des autres. Il faut être un homme pour se moquer à ce point des conséquences catastrophiques de l’interdiction des IVG sous Le Pen (ce qui va tuer et mutiler des femmes; mais de ce sang ils n’en ont cure). Il faut aussi être bien blanc pour ne rien savoir des ratonnades ni du racisme rance du F-Haine. Surtout il faut être un fieffé bourgeois qui lui, aura les moyens de partir se mettre au chaud à l’étranger quand les choses vont commencer à dégénérer, que ce soit en émeutes, rixes de rues avec des skinheads excités, atmosphère de guerre civile, sans parler de l’effondrement total de l’économie (FREXIT, fuite des capitaux: demandez à nos voisins britanniques). Et surtout quelle hypocrisie de la part de ces « camarades » qui ont fustigé la gauche américaine de ne pas s’être déplacée pour Clinton. Allez faire un tour dans l’Amérique de Trump pour dire aux migrants persécutés et aux femmes noires précaires qui ont perdu leur couverture sociale que c’était une bonne idée de s’abstenir. Macron une fois élu nous lui ferons la guerre. Le Pen une fois élue c’est elle qui nous fera la guerre. Nous ne votons pas POUR Macron, nous votons CONTRE le FN, c’est-à-dire pour les conditions de possibilité de la continuation de nos vies militantes dans le cadre du jeu des institutions démocratiques. Ou alors: le chaos. Comment peut-on hésiter une seconde ? Être communistes, camarades, c’est aussi la solidarité avec les « larbins de service » (femmes, personnes racisées, précarisées) qui encore une fois iront se salir les mains pour vous dans l’isoloir. Et si vous n’allez pas voter, alors ayez le courage de le dire à vos amis immigrés, sans papiers ou en situation irrégulière, allez l’annoncer aux femmes qui auront besoin d’une IVG médicale, allez raconter aux algériens torturés pour leur indépendance que Le Pen et Macron c’est la même chose, allez le clamer aux survivants des déportations et des camps d’extermination, allez le soutenir aux résistants de la France Libre. Allez voir vos amis juifs pour leur expliquer que les chambres à gaz ne sont qu’un détail de l’Histoire. Avec votre non vote, abstenez-vous également de prétendre vous engager pour les syriens (Le Pen veut repousser dans les eaux internationales les bateaux de migrants). Vous pourrez aussi expliquer à vos « potes » que se faire contrôler dix fois par jour dans l’espace public sous prétexte d’être bronzé, ce n’est pas si grave non plus.

Camarades, si vous ne votez pas Macron vous votez Le Pen et vous rendrez compte du sang qui va couler. Les fascistes, eux, ne s’abstiennent jamais. Ils se déplacent en masse aux élections. C’est ainsi qu’ils prennent le pouvoir, qu’ils gardent toujours. Cela, nous, militantes féministes et communistes, nous le refusons. Nous irons donc voter Macron, en lui promettant l’enfer. »

Et, cerise sur le gâteau elle nous explique ci-dessous pourquoi MARX LUI-MÊME AURAIT VOTÉ MACRON :

Texte de Kheira Abdelkader :
« Manifestement il y a aujourd’hui un vent anticapitaliste qui souffle et souffle fort. Il y a aussi un vent nationaliste qui pousse et qui pousse très fort. Ce vent nationaliste c’est ce que Mélenchon aura tenté de capter en le tirant vers la gauche, en proposant une sorte de nationalisme de gauche. J’ai cru, pour ma part, que cette stratégie pouvait présenter un certain intérêt en ce qu’elle pouvait nous rappeler à tous en France ce qu’est la nation française en tant qu’elle est fondée sur une communauté politique et en tant que cette conception s’oppose profondément à la conception ethniciste ou culturaliste (les valeurs chrétiennes, le saucisson-pinard, etc) de l’extrême droite et d’une partie de la droite. Ce dont je n’ai pas mesuré l’importance c’est la menace nationale-socialiste, c’est que ces vents contraires, normalement opposés en France, puissent fusionner. C’est ce qui se passe en ce moment et force est de constater qu’à gauche nous perdons le contrôle. Quelques fois, j’ai hésité à parler de « dialectique », je ne l’ai pas fait pour deux raisons : je n’ai pas une complète maîtrise de la démarche, je craignais d’employer un « gros mot ». Mais aujourd’hui ce mot manque à cette gauche et il est d’une absolue nécessité. En effet, Marx aurait voté Macron et d’après moi (c’est mon interprétation) il l’aurait fait sans hésiter. Je m’explique : contrairement à ce qu’on pourrait penser, Marx a toujours salué la dimension révolutionnaire de la classe bourgeoise, il a toujours considéré que l’arrivée au pouvoir de la bourgeoisie a constitué un élément tout à fait positif dans l’histoire en ce que la bourgeoisie a réalisé l’émancipation politique, il a, par exemple, critiqué certains socialistes allemands qui cherchaient à faire alliance avec Bismarck contre la bourgeoisie (disons que Bismarck a tenté d’instrumentaliser une partie du mouvement ouvrier allemand contre la bourgeoisie et au profit de l’aristocratie). Dans le Manifeste du Parti Communiste, Marx rappelle pourquoi et en quoi la bourgeoisie a quelque chose de révolutionnaire :
« La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses « supérieurs naturels », elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du « paiement au comptant ». Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n’être que de simples rapports d’argent. La bourgeoisie a révélé comment la brutale manifestation de la force au moyen âge, si admirée de la réaction, trouva son complément naturel dans la paresse la plus crasse. C’est elle qui, la première, a fait voir ce dont est capable l’activité humaine. Elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d’Egypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques; elle a mené à bien de tout autres expéditions que les invasions et les croisades [6] La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelle distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés. Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l’ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit Les oeuvres intellectuelles d’une nation deviennent la propriété commune de toutes. L’étroitesse et l’exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d’énormes cités; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la population à l’abrutissement de la vie des champs. De même qu’elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l’Orient à l’Occident. La bourgeoisie supprime de plus en plus l’émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence totale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier. La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses; et plus colossales que l’avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l’application de la chimie à l’industrie et à l’agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol – quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ? »
Après avoir évoqué la portée révolutionnaire de cette classe sociale, il passe au crible les différents types de « socialismes », voici les différents « socialismes » : Le socialisme réactionnaire -Le socialisme petit-bourgeois -Le socialisme allemand ou socialisme « vrai » -Le socialisme conservateur ou bourgeois -Le socialisme et le communisme critico-utopique. Il reproche à ces socialismes soit d’être la parole déguisée de la réaction qui veut restaurer la vieille société, soit d’envisager le nouveau monde selon un point de vue étriqué condtionné par l’existence matérielle d’une classe contradictoire comme les petits-bourgeois, soit il reproche de vouloir sauver la société entière ou « l’Homme » dans un sens humaniste et idéaliste sans distinguer les luttes et enjeux des différentes classes sociales.
Mais se contente-t-il de critiquer? Se contente-t-il de faire le puriste effarouché? Pense-t-il qu’il convient alors de rester tranquillement chez soi parce qu’on ne pourrait s’allier avec personne? NON! Et voici ce qu’il dit, toujours dans le Manifeste: : « D’après ce que nous avons dit au chapitre II, la position des communistes à l’égard des partis ouvriers déjà constitués [les différents socialismes] s’explique d’elle-même, et, partant, leur position à l’égard des chartistes en Angleterre et des réformateurs agraires dans l’Amérique du Nord. Ils [les Communistes] combattent pour les intérêts et les buts IMMEDIATS de la classe ouvrière; MAIS dans le mouvement présent, ils défendent et représentent EN MEME TEMPS l’avenir du mouvement. En France, les communistes se rallient au Parti démocrate-socialiste [1] CONTRE LA BOURGEOISIE CONSERVATRICE et radicale, tout en se réservant le droit de critiquer les phrases et les illusions léguées par la tradition révolutionnaire. En Suisse, ils appuient les radicaux, sans méconnaître que ce parti se compose d’éléments contradictoires, moitié de démocrates socialistes, dans l’acception française du mot, moitié de bourgeois radicaux. En Pologne, les communistes soutiennent le parti qui voit, dans une révolution agraire, la condition de l’affranchissement national, c’est-à-dire le parti qui fit, en 1846 [2], l’insurrection de Cracovie. EN ALLEMAGNE, LE PARTI COMMUNISTE LUTTE D’ACCORD AVEC LA BOURGEOISIE, TOUTES LES FOIS QUE LA BOURGEOISIE agit révolutionnairement contre la monarchie absolue, la propriété foncière féodale et la petite bourgeoisie. Mais, à aucun moment, il ne néglige d’éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l’antagonisme violent qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat, AFIN QUE, L’HEURE VENUE, les ouvriers allemands sachent convertir les conditions politiques et sociales, créées par le régime bourgeois, en autant d’armes contre la bourgeoisie, AFIN QUE, SITÔT DETRUITES LES CLASSES REACTIONNAIRES de l’Allemagne, LA LUTTE PUISSE S’ENGAGER CONTRE LA BOURGEOISIE ELLE-MÊME.  »
. En quoi le FN était-il l’ENNEMI numéro 1 de la classe ouvrière? Le Front national est le produit des résidus historiques de la tradition réactionnaire française, c’est beaucoup cela l’extrême droite : les vieux et les nouveaux déclassés ou en passe de le devenir. Ce sont ceux qui ont lutté d’arrache-pied contre la bourgeoisie, ce sont ceux qui ont tenté la Restauration, ce sont les membres de l’Action française, les vieux royalistes, etc. S’ajoute à ceux-là la série des déclassés, ceux-là même que le mode de production bourgeois a effectivement menacés (moi je me pose la question de savoir si on peut considérer que dans une certaine mesure le FN est soutenu par des fractions de classes en voie de lumpenprolétarisation?) Dans un monde qui avance contradictoirement vers lui-même en tant que monde internationale, le FN veut « fermer les frontières », dans un monde qui avance vers la reconnaissance historique de l’autre moitié du ciel, le FN veut revenir sur les droits des femmes et les renvoyer chez elles. Dans un monde qui avance vers la profonde unité de son mouvement, le FN veut le ramener vers son village et sa région. Dans un monde capable d’aller au-delà des bornes qui jusqu’ici le conditionnaient, le FN veut le ramener vers le cadre étroit de sa vie déjà passée. Le Front national veut retourner à un monde sans immigrés tout en voulant les avantages du monde qui produit des immigrés, il veut le passé avec toute la technologie du présent, il veut la société patriarcale mais avec une femme Présidente. Or nous qui sommes et avons toujours été à gauche, ce que nous voulons n’est pas un retour vers le passé, ce que nous voulons c’est bien l’internationalisme, c’est bien le droit de circulation des personnes, c’est bien les droits des femmes. Pour cela et parce que précisément on nous appelle « les progressistes », nous devons choisir l’alliance politique qui marche dans le sens que nous voulons donner à l’histoire même si cette alliance politique ne signifie en rien la signature d’un chèque en blanc (le texte de Marx, à cet égard, est explicite). Nous devons, dans la limite des conditions qui nous sont données, choisir l’alliance qui répond le mieux aux exigences de la marche dans laquelle on inscrit nos pas en regardant vers l’avenir. Bien sûr s’allier aujourd’hui à cette bourgeoisie qui s’ouvre au monde ne sera pas de tout repos : oui, nous sommes traversés par la révolution numérique qui, une nouvelle fois, vient bouleverser nos modes de vie, oui nous sommes devant le péril de l’ubérisation mais nous avons été aussi les premiers à saluer l’arrivée d’internet, nous sommes les premiers à nous satisfaire de ce medium qu’est facebook, les premiers à reconnaître que la numérisation nous a simplifié nombre de choses dans notre vie quotidienne. Nous ne pouvons pas vouloir un monde, un monde moderne, un monde du progrès médical, du progrès technologique en négligeant les conditions qui ont produit ce monde. Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est travailler à lever les entraves qui empêchent la bourgeoisie de se résoudre dans une révolution mondiale des travailleur-e-s, dans une appropriation sociale de notre monde, autrement dit en même temps que nous sommes pris par le vent révolutionnaire de cette classe sociale qu’est la bourgeoisie, nous devons travailler à faire sauter le verrou de la propriété privée. C’est pourquoi, dans ces conditions, nous devons, à chaque fois, choisir l’alliance politique qui non seulement répondra à nos soucis immédiats tout en nous permettant de nous projeter vers l’avenir. C’est pourquoi la critique du capitalisme et de la politique se doit d’être dialectique, elle se doit de comprendre et de mener son action dans le cadre d’une avancée contradictoire, elle se doit de reconnaître les éléments positifs tout en gardant à l’esprit le chemin vers lequel elle souhaite inscrire ses pas. Comme le rappelle Marx, le problème n’est pas l’arrivée de machines nouvelles, le problème vient de l’usage capitaliste de ces mêmes machines. Le problème n’est pas dans l’arrivée de l’ubérisation, il est dans l’usage capitaliste qui est fait de ces nouvelles technologies. Si il y a une différence de nature et non pas seulement de dégrée entre Macron et Le Pen, c’est parce que Le Pen et le FN est un parti qui veut revenir en-deçà de l’émancipation politique que la bourgeoisie révolutionnaire a produite, c’est aux libertés fondamentales qu’elle est capable de s’attaquer, c’est à ce progrès qu’a été le passage d’un peuple soumis à l’Eglise et à que sais-je d’autre pour en faire une communauté politique qui s’est choisit elle-même et qui est fondée sur des valeurs politiques et non pas culturalistes, racistes ou que sais-je d’autre, cela c’est le minimum de ce que la bourgeoisie a pu apporter sur le plan politique. Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser un parti qui n’a toujours pas compris dans quel monde nous vivons. Car ce que nous exprimons dans notre colère n’est pas un désir de retourner à la vieille société, ce que nous exprimons dans notre colère c’est notre impuissance actuelle à renverser le rapport de force qui nous lie à la bourgeoisie et c’est bien elle que nous devons nous choisir pour adversaire car dans notre visée communiste et révolutionnaire, c’est elle qui nous correspond le mieux. Toutefois la particularité de Macron ce n’est pas seulement d’être un bourgeois, ce n’est pas seulement qu’il veuille baisser les salaires, c’est aussi qu’il veut casser le fruit des luttes ouvrières et communistes comme le régime général de la sécurité sociale. Le problème vient de ce que Macron veut aussi revenir en arrière. Ce problème est sans doute un des points qui cristallise le plus la colère et cela est compréhensible. Mais comment le comprendre et que pouvons-nous en faire? Il me semble, et beaucoup de choses me portent à le croire, que nous sommes devant une crise du système dont Mélenchon, Macron et Le Pen ne sont que des expressions. Cette situation me conduit à supposer que le système hésite entre le passage en force « par ordonnance » ou le passage en force par la « guerre civile et la société « autoritaire ». Je vais tenter d’être plus claire et d’expliquer ce que je veux dire :
Si on tente de prendre un peu de recul, qu’est-ce qu’on voit? 1. Mélenchon (la gauche) enfermé dans sa bulle ni-niste. 2. Macron également enfermé dans sa bulle puisque dans les conditions qui sont les nôtres, il prend le risque fou de dire que voter pour lui c’est adhérer à son programme (cela est inquiétant car soit Macron n’est obsédé que par la suite et ne cherche qu’à légitimer ses futures actions alors qu’il n’est même pas encore élu et que cette position n’est pas une position de rassemblement, soit poussé par une sorte de sourde folie, il est en train lui-même de réaliser l’hésitation du système à passer par une guerre civile) 3. On a Le Pen qui ramasse la mise : elle récolte à droite comme à gauche!
Il y a donc aujourd’hui un bras de fer, un violent bras de fer ou pour le dire plus clairement il y a une lutte de classe entre les 19% de Mélenchon et les soutiens fervents de Macron. Les deux sont clairement engagés dans un bras de fer puisque les deux tiennent des positions qui ne tiennent pas debout : l’un arrivant au second tour et censé rassembler tous les Français, au-delà de son camp, met, au contraire, de l’huile sur le feu non seulement en ne faisant pas de pas vers les électeurs de Mélenchon mais en disant de surcroît que le vote pour lui est « un vote d’adhésion »! L’autre fait le sourd, il ne digère pas les résultats du premier tour et prend le risque de condamner durablement la gauche qui sera accusée, comme l’a été le KPD dans les années 30 en étant dans le ninisme alors qu’il aurait fallu appeler à voter contre Hitler. Enfin le FN joue l’arbitre et distribue les points. (le FN, lui, est pris dans le cadre de deux rapports de force à l’intérieur : le courant « purement » réactionnaire, obscurantiste de Marion Maréchal Le Pen et le courant national socialiste de la ligne Philippot)
Pourquoi une telle secousse et un rapport de force aussi violents et aux risques aussi grands?  1 : d’un côté la féroce politique néolibérale arrive après plusieurs années où le salaire n’augmente pas donc les nerfs des salariés sont chauffés à blanc,  2 : de l’autre : la possibilité d’une renaissance de la gauche qui vient de pointer le bout de son nez après plusieurs années de fausse alternance entre la droite et la droite.
Je l’ai dit à plusieurs reprises : normalement les capitalistes devraient lâcher du lest sur les salaires, ils devraient accepter que les salaires correspondent au moins au prix de la vie. Mais ce n’est pas ce qui se passe. Macron et Mélenchon en campant sur leur position et en tant qu’ils sont les expressions des spasmes du système semblent vouloir nous conduire non plus vers une lutte politique (qui passe par le discours) mais bien vers une guerre civile, autrement dit la lutte de classe atteint un tel paroxysme que personne ne voulant céder, ils peuvent préférer laisser gagner le FN et régler leur compte dans le cadre d’une guerre. Mais nous, nous qui sommes les travailleur-e-s, les citoyen-ne-s, les habitant-e-s de ce pays, nous qui aspirons seulement à vivre et à des jours heureux, voulons-nous la guerre? Sommes-nous prêts à cette guerre?  Je ne le crois pas, c’est pourquoi je pense, au contraire, que maintenant que la gauche pointe enfin le bout de son nez, et toute fragile encore qu’elle est, nous devons travailler à la faire progresser, nous devons travailler à la rendre hégémonique si nous voulons une victoire sociale et politique de la gauche car la guerre, dans l’état actuel des choses, pourrait annihiler toutes nos espérances et ne servir que les intérêts de la grande bourgeoisie française. C’est pourquoi le 7 mai, je voterai Macron et dès le 8 mai avec les camarades communistes, nous serons au front de la lutte sociale et politique pour consolider la gauche et augmenter le rapport de force politique en notre faveur. » Kheira Abdelkader

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Cette entrée a été publiée le 16 mai 2017 par dans fascisme, Hommes Politiques, Le Pen, marxisme, PCF, Pour Info, Super Déprimant.

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