Lise's B.

Le blog de Lise Bouvet

– « Coupable d’être une femme : Les femmes vitriolées en Asie du Sud » par Apolline

Apolline a 16 ans et est élève en première S. Au collège elle était déjà résolument engagée dans la cause féministe avec la volonté « d’améliorer la vie des femmes et des enfants ». En effet son sujet pour le Diplome Européen de Compétence ( en français et anglais ) fut l’égalité femme/homme dans l’UE où elle a d’ailleurs obtenu une mention TB. Elle remportait ensuite le premier prix départemental du concours national de la Résistance et de la Déportation, sélectionnée pour lire l’appel du 18 juin à une cérémonie du souvenir. C’est donc logiquement qu’elle choisit de participer à la plaidoirie des lycéens, proposée par sa professeure de français, concours organisé en partenariat avec la ligue de droits de l’homme et amnesty international. Elle a décidé de défendre une fois de plus les femmes et les petites filles avec un sujet sur les femmes vitriolées en asie du sud. Fille d’une féministe et bilingue elle adore aussi le théâtre britannique et Doctor Who. Je suis très heureuse de la publier sur mon blog et honorée de sa confiance, « tout le monde n’a pas la chance d’avoir une maman féministe »… ;-) Lise Bouvet

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credit photo : http://www.nationaltheatre.org.uk/

Coupable d’être une femme

Les femmes vitriolées en Asie du Sud

« Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants», d’après l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. En êtes-vous si sûrs ? Sonali Mukherjee, une étudiante indienne, avait dix-huit ans. Trois de ses voisins la harcèlent sexuellement pendant plus de deux ans, avant de lui lancer de l’acide au visage pour la faire taire en 2003. La peau de son crâne, de son visage, de son buste et de son dos a totalement fondu.

En Inde, au Pakistan, au Bangladesh, ou encore au Cambodge, les attaques à l’acide envers de jeunes femmes, voire de petite-filles, deviennent monnaie courante. Plus d’une femme par jour est attaquée à l’acide au Bangladesh ! Les hommes lancent de l’acide au visage de ces femmes car ils sont en colère contre elles. Leur crime ? Avoir refusé une demande en mariage, avoir mis fin à un harcèlement sexuel, avoir refusé d’être sexuellement exploitées, avoir voulu devenir indépendantes.

Si une femme a eu un comportement jugé indécent qui a souillé la famille toute entière, sa mort est nécessaire pour laver l’honneur familial. Leur affront peut être une présumée infidélité, le refus d’un mariage forcé ou encore une dot pas assez élevée. Cette coutume est un crime d’honneur. Je vous entends alors accuser l’Islam, qui fait figure de principal accusé lorsqu’il s’agit de violences faites aux femmes. Or, le Coran interdit de tuer ou de maltraiter quelqu’un de façon arbitraire et exige le témoignage de quatre personnes pour prouver un adultère. Cependant, ces femmes peuvent être assassinées ou vitriolées sur un simple soupçon ! Nous affirmons que ces hommes devraient avoir honte de bafouer leur propre idéologie !

Les hommes lancent de l’acide au visage de ces femmes parce qu’elles vont à l’école, parce qu’elles ont trop parlé, parce qu’elles rient trop fort. Elles sont plus souvent abusées, harcelées, exploitées, kidnappées, violées, assassinées par leur père, leur mari, leur frère, leur cousin, leurs amis, que par des étrangers. Aucun horizon social n’est épargné : les victimes peuvent être riches ou pauvres, éduquées ou illéttrées.

En outre, les bourreaux pensent leur crime justifié. Vous comprendrez bien, leurs cibles ne sont que des femmes ; elles sont faibles, soumises à la loi des hommes, inexistantes d’un point de vue économique et social. Etre une femme est un crime, et tout crime implique sentence ! L’acide apparaît alors comme une arme de choix pour les hommes qui détestent les femmes. Pour en trouver, il n’y a qu’à demander ! De plus, les gouvernements ne font rien pour compliquer l’achat d’acide. Facile à acheter, facile à cacher, facile à lancer ! 23 centimes pour un grand verre d’acide qui détruira totalement la vie d’un être humain ; c’est moins cher que des balles !

Jeter un produit acide au visage d’une femme, c’est la défigurer de façon irrémédiable, c’est faire fondre son corps jusqu’à l’os, sans l’achever, pour que la souffrance soit totale. Les hommes ne lancent pas de l’acide au visage de ces femmes pour les tuer, mais bien dans le but de leur faire vivre un enfer ! Comment ne pas s’indigner ?!

Les victimes perdent tout ! Dans ces pays où la beauté est déterminante, une femme défigurée peut dire adieu à toute chance de mariage, et donc à toute chance de reconnaissance sociale. Leurs maris les quittent et elles ne revoient plus jamais leurs enfants. Elles perdent leur maison, leur travail, leurs économies. Sonali est devenue aveugle après l’attaque et partiellement sourde. Elle a dû arrêter ses études. Son père a dépensé des millions de roupies pour son traitement et sa famille n’a maintenant plus d’argent. Mais bien souvent, même jusqu’à une centaine d’opérations chiurgicales ne suffisent pas à redonner un aspect naturel au visage.

Le chemin vers la guérison est d’autant plus difficile que ces femmes sont souvent rejetées par leur famille qui les considèrent comme un fardeau, la preuve vivante que l’honneur de la famille a jadis été souillée. Elles portent à jamais la marque des parias.

Les survivantes sont totalement détruites ! Elles sont mortes à l’intérieur. Elles sont déshumanisées. Les séquelles psychologiques s’ajoutent à la douleur physique. La plupart des victimes ne peuvent passer une journée sans assistance, elles ont de graves problèmes de concentration, ou font de graves dépressions et choisissent de se suicider, la mort étant plus douce que leur vie de souffrance.

Dans la rue, ces femmes sont stigmatisées, bafouées, rejetées, humiliées. Les passants les dévisagent avec mépris ou dégoût, d’autres se moquent de leur visage défiguré. Leur vie devient un combat de tous les instants.

Existe-t-il une justice pour ces femmes, leurs bourreaux sont-ils condamnés ? Eh bien la réponse est assez simple, non ! Lancer de l’acide au visage d’une femme est pourtant un crime au Cambodge, et est au minimum condamné par quatorze ans de prison au Pakistan. Malheureusement, les victimes sont muselées ! Elles sont jugées, culpabilisées ! Elles vivent dans la honte de ce qui leur est arrivé, dans la terreur de représailles si elles osent parler. Si une victime a toutefois le courage de s’exprimer et de déposer plainte, elle a alors affaire à une mascarade de justice. En effet, l’affaire est certes examinée par un tribunal, mais les bourreaux font rarement face à la justice et échappent à la prison grâce aux pots-de-vin. C’est ce qui est arrivé aux agresseurs de Sonali qui ont payé une caution et ont continué à la menacer de mort bien après l’attaque. Les hommes lancent de l’acide sur le corps de ces femmes, brûlent leur visage, fracassent leur nez, font fondre leurs yeux, pensez-vous qu’il soit acceptable qu’ils s’en tirent en toute impunité ?!

Et les gouvernements ? Comment peuvent-ils laisser de tels massacres se produire ? Quelques engagements ont été pris par le gouvernement bangladais en faveur de l’amélioration des conditions de vie des femmes, avec la création d’un ministère des affaires féminines. Malheureusement, cela n’est qu’une facade. Les gouvernements ne se soucient guère de ces massacres. Pourtant, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Cambodge ne sont-ils pas des pays membres des Nations Unies ? Est-il nécessaire de rappeller qu’ils ont le devoir de faire appliquer La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ? L’article 3 de cette déclaration n’affirme-t-il pas que «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne» ? Mais les victimes ne sont que des femmes ; elles sont inexistantes, inférieures aux hommes et par conséquent, elles ne sont même pas des êtres humains, n’est-ce pas ?

Le gouvernement indien a refusé d’octroyer une aide financière à Sonali pour sa 27ème opération chiuurgicale, alors que cette dernière menaçait de mettre fin à ses jours ! Elle a alors dû participer à « Qui veut gagner des millions ? » pour récolter l’argent nécessaire à son traitement. Nous sommes révoltés !

Nous affirmons que des mesures concrètes doivent être mises en oeuvre dans ces pays où les lois existantes sont bafouées ! Les gouvernements ont aujourd’hui le devoir de fournir une aide médicale, sociale et économique dans les plus brefs délais à ces femmes déshumanisées, et de leur rendre justice, au nom des Droits de l’Homme. Est-il nécessaire de préciser qu’Homme s’écrit ici avec un grand H ?

Et nous que faisons-nous, en tant qu’êtres humains, contre ces horreurs sans nom ? En tant qu’Occidentaux, il est facile de se cacher derrière la barrière géographique. Après tout, ces incidents n’arrivent pas chez nous, mais dans des pays encore instables, en guerre ou se relevant d’un régime totalitaire. En êtes-vous si sûrs ? Le 31 mars 2008, Katie Piper avait 24 ans. Harcelée, frappée et violée par son petit ami, il engage un complice pour lancer un verre d’acide sulfurique au visage de cette jeune Britannique, en plein jour dans une rue fréquentée de Londres.

Au milieu de ces ténèbres qui ensèrent ces femmes, une lueur d’espoir voit néanmoins le jour. Des femmes cherchent en effet à se soulever contre cette injustice. C’est le cas de Sharmeen Obaid Chinoy qui a remporté un Oscar pour son documentaire Saving Faces, retraçant le combat quotidien de courageuses femmes pakistanaises victimes d’attaques à l’acide. Le combat de cette jeune réalisatrice a permis la création d’une association Acid Survivor Pakistan, qui utilise habilement les médias pour sensibiliser les jeunes et éradiquer ce crime.

Un autre ange gardien pour ces femmes est un chirurgien britannico-pakistanais, Muhammed Jawad, qui fait des miracles en chiurgie reconstructive. Il a réussi à redonner un visage humain à de nombreuses victimes, notamment Katie, dont le visage ressemble beaucoup à celui d’avant l’attaque !

Mais, il est également nécessaire d’aider ces femmes à survivre à cette horreur en leur redonnant une vie. C’est ce que s’évertue à faire Musarat Misbah depuis plus de dix ans. Son salon de beauté est un refuge pour les victimes pakistanaises et l’espoir d’une renaissance. L’esthéticienne a déjà aidé des centaines de femmes à se sentir mieux dans leur corps et leur esprit. Son combat a mené à la création d’une association, Smile Again. Grâce aux dons, elle paye le traitement médical dont ses protégées ont terriblement besoin. Son salon est devenu un havre de paix, le seul endroit du pays où ces femmes redeviennent des êtres humains.

Nous devons nous soulever contre l’injustice dont ces femmes sont victimes ! De nouvelles lois doivent être adoptées pour réguler la vente d’acide, condamner les hommes qui se jugent en droit de dissoudre la vie d’une femme, et aider les victimes à se reconstruire. Ecoutons l’anarchiste Kroptokine qui s’adressait ainsi aux jeunes : «Dès que nous en aurons la volonté, un moment suffira pour que justice se fasse.».

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Cette entrée a été publiée le 12 mars 2015 par dans Fémicide, Patriarcat, Violences Masculines.
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